
Cet article a été réalisé dans le cadre d’un partenariat avec le Centre de Formation des Journalistes (CFJ)
Annoncé début janvier par le maire écologiste Pierre Hurmic, le projet de « Pôle numérique souverain de l’intelligence artificielle » à Bordeaux-Lac à trois milliards d’euros, baptisé BXIA, divise les élus verts. Les promesses sont toujours les mêmes : jusqu'à 2000 emplois seraient créés au moment de la construction, une chaleur fatale issue du refroidissement des installations réutilisée et les données à l’abri des caprices américains.
Un projet d’implantation sur 20 hectares d’une infrastructure dédiée à l’IA dont la consommation électrique annoncée équivaut à un quart de la consommation électrique des habitants de la métropole bordelaise par an… porté par un écologiste? L’annonce du Maire de Bordeaux, faites au vœux du Medef le 7 janvier dernier, peut pour le moins étonner celles et ceux inquiets pour l’environnement.

« Ce n’est pas un projet que nous avons instinctivement accueilli à bras ouverts », assume Delphine Jamet, élue écologiste à la métropole et conseillère numérique auprès du maire. Le consortium d’acteurs privé, porteurs du projet contacte la Métropole il y a un peu moins d’un an, pour lui proposer l’implantation d’un ensemble de 5 datacenters et d’un supercalculateurs dont la majorité des capacités seront dédiées à l’IA (80%) et le reste au stockage de données (20%). Un lieu a déjà été repéré : le parking du Parc des expositions, actuellement occupé par une centrale photovoltaïque. Côté financier, Osae, une société de gestion de fonds spécialisée dans l’immobilier, s’occupe de trouver des sponsors. Le développement est porté par Nouvelles Fonctions Urbaines (NFU), un promoteur immobilier se voulant au service du développement durable. Les deux assurent disposer de deux ans de fonds propres pour entamer les travaux et ouvrir une première tranche en 2028.
Vers un compromis
Commence alors la négociation : la Mairie a des exigences. Pas de problème d’artificialisation des sols sur un ancien parking, mais l’eau nécessaire au refroidissement des infrastructures devra être gérée en circuit fermé, des investissements dans les énergies renouvelables sont demandés et les données doivent être traitées par des acteurs européens. Mais pour l’instant, ces opérateurs ne sont pas encore connus. Pour Benjamin Delaux, fondateur de NFU, les premiers clients sont issus de la filière bordelaise de l’aéronautique, du spatial et de la défense. Mais il voit le projet à l’échelle européenne. « Pourquoi est-ce que certains industriels n’auraient pas envie de s’installer en souveraineté à Bordeaux ? », envisage-t-il. Delphine Jamet ajoute : « On essaie aussi de négocier qu’une partie de la puissance de ce super calculateur puisse être réservée à l’université et à la recherche. »
« Ce n’est pas le monde dans lequel je veux vivre, mais c’est le monde dans lequel on est », confie d’ailleurs l’adjointe, qui souligne l’omniprésence de l’intelligence artificielle dans notre quotidien, et le contrôle de puissances extra-européennes sur les données numériques. « Si on dit non ici, le projet se fera ailleurs », et avec des normes moindres, selon elle. L’objectif affirmé, donc, est le développement d’un data center « le plus vertueux possible », et qui pourrait servir d’exemple ailleurs.
Concrètement, beaucoup reste à définir. Mais quelques chiffres-clés dessinent les contours de ce que pourrait être le data center : une puissance annoncée de près de 400 mégawatts — l’équivalent de deux tiers de la consommation énergétique de la ville de Bordeaux — revue quelques semaines après à 250MW. Trois milliards d’euros d’investissement sur près de 10ans, entre 300 et 600 emplois espérés, le projet est vu comme un véritable appeau à startup pour la région.
Conflit à la Métropole
Le 30 janvier, un premier vote sur cet énorme projet est organisé au conseil de Métropole. L’ambiance est tendue. À la droite de la majorité, on ne dénonce pas le principe, mais davantage la forme. « C’est une thématique très importante, mais je ne comprends pas la méthode que vous avez retenue », dénonce Thomas Cazenave, l’opposant de Pierre Hurmic pour le second tour des municipales, sous la bannière de l’Union du centre. Selon lui, les élus manquent d’informations sur le fond et sur la manière dont a été monté le projet. Il questionne aussi le calendrier qui place une annonce à plusieurs milliards très peu de temps avant que le mandat de Pierre Hurmic ne soit remis en jeu.
Réponse de la majorité : il y a urgence. Le Réseau de Transport d’Électricité (RTE) doit prévoir la mise en place de ses flux, et qu’une telle demande s’anticipe : un accord de principe est demandé, sous peine de perdre le droit de priorité. Et puis la cession du terrain n’est pas encore signée. Elle dépendra, entre autres, de la capacité de BIXA à répondre aux demandes des écologistes, et d’un nouveau vote dont la date n’est pas encore connue.
Reste que le grand projet pose question. En 2026, l’IA peut-elle représenter un argument électoral, à l’image du mégatunnel de Jean-Michel Aulas à Lyon ? Et chez les écolos, cela peut-il vraiment être une stratégie gagnante ? En difficulté face au Macroniste Thomas Cazenave au second tour des élections municipale suite au retrait de Philippe Dessertine, Pierre Hurmic n’a pas mobilisé le projet pour soutenir son bilan.
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