Rome, mars 2026. Le milliardaire Peter Thiel vient d’achever une série de conférences à huis clos mêlant théorie de l’apocalypse et considérations géopolitiques, suivies par un aréopage de figures réactionnaires italiennes. En face du Vatican, le cofondateur de Palantir a plaidé ses fantasmes d'accélérations technologiques, à quelques semaines de la publication d’un grand texte du pape dédié aux dangers de l’intelligence artificielle.
Qui a vu le fantôme ? Ce dimanche 15 mars, une nuée de reporters armés de caméras ont traqué une rumeur dans les rues de Rome. Peter Thiel, le cofondateur de Palantir, l’hydre de la techno-surveillance actuellement déployée pour identifier des cibles en Iran, aurait posé ses valises dans la capitale italienne. Quatre jours plus tard, l’influent milliardaire achève une série de conférences dédiées à l’Antéchrist et à la manière dont « des forces plus ou moins occultes œuvrent sans relâche, déterminées à détruire ce qu’il reste de l’Occident ». La déclaration vient de l’Association culturelle Vincenzo Gioberti, coorganisatrice de ces rencontres à huis clos et ouvertement engagée en faveur de « la restauration du catholicisme comme pierre angulaire de l’identité nationale [italienne] ». Le fantôme s’est finalement faufilé dans le palais Orsini Taverna à l’arrière d’une Mercedes aux vitres teintées.
Une entrée discrète qu’auraient enviée certains invités, cueillis par les micros de la Rai et de la Reppublica. La chaîne a identifié, parmi la centaine d’invités triés sur le volet, Roberto Vannacci, député européen réactionnaire adepte de la théorie du « grand remplacement » de Renaud Camus et fondateur du Futuro Nazionale (FN), Piettro Dettori, l’ancienne tête pensante du Movimento 5 Stelle. Les journalistes du quotidien ont eux aperçu Cristiano Ceresani, chef du service pour le contrôle parlementaire de la Chambre des députés et obsédé de longue date par l’Antéchrist et Daniele Capezzone, rédacteur en chef d’Il Tempo.
Dans ce jeu de who’s who, Times note la présence de Davide Quadri, secrétaire international de la jeunesse de la Ligue de Matteo Salvini. Et, Synth, celle d’Alvino-Mario Fantini, rédacteur en chef du magazine The European Conservative, ennemi déclaré « des islamistes, du Parti communiste chinois » et de « la Cathédrale » – cette nébuleuse de journalistes, d’universitaires et de fonctionnaires que les néoréactionnaires accusent de promouvoir le progressisme en sous-main.
Cette escapade romaine n’est qu’une halte dans la tournée incessante du venture-capitalist, mêlant rencontres d’affaires et prêches théologico-politiques. Sur le retour du Japon, où il a rencontré la Première ministre ultraconservatrice Sanae Takaichi, Peter Thiel a donc déployé, quatre jours durant, sa théorie de la dérive apocalyptique du monde, qu’il avait déjà présentée à San Francisco et Paris lors d’événements similaires ces derniers mois. Face à la décadence engendrée par les Lumières, le néoréactionnaire y prône le retour au christianisme et l’accélération technologique.
Difficile de savoir précisément si les leçons de Rome ont innové. La Stampa rapporte néanmoins que le Californien aurait, ce mardi 17 mars, affirmé que le président chinois « Xi Jinping est sexiste et raciste » et que « certains estiment qu’il est la réincarnation d’Hitler ». Face à lui, Donald Trump est qualifié le lendemain « de katéchon, le sauveur ultime, le rempart ultime contre l’Antéchrist ». Entre une saillie contre le milliardaire philanthrope Bill Gates et ceux qui pensent que « quelqu’un comme Netanyahu est un criminel déséquilibré », l’investisseur aurait réitéré son admiration pour l’ancien pape conservateur Benoît XVI. « L’un des dix plus grands penseurs de notre temps, peut-être le plus grand », toujours selon la Stampa.
Une manière pour lui de critiquer la ligne du pape Léon depuis l’autre rive du Tibre, à quelques semaines de la publication du premier grand texte de son pontificat, très attendu et largement dédié aux dangers de l’IA. La veille, le Saint-Père avait profité d’une messe pour dénoncer les « conflits violents ». « Certains vont même jusqu’à invoquer le nom de Dieu dans ces choix de mort, mais Dieu ne peut être enrôlé par les ténèbres ».
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