EN UN COUP D’OEIL
- Surenchère techno-sécuritaire : VSA, drones IA, lampadaires « intelligents »… les municipales 2026 virent au concours de gadgets.
- Promesses fragiles : plusieurs dispositifs vantés restent illégaux, immatures ou déjà abandonnés par les entreprises censées les fournir.
- Addition salée : derrière l’argument sécuritaire, ces projets feraient peser des coûts massifs et flous sur les contribuables.
Des drones dopés à l’IA pour traquer les délinquants à Marseille, des « lampadaires intelligents » à Paris, un système de vidéosurveillance algorithmique doté d’un hypothétique bouton « off » à Toulouse… Tour d’horizon du pire des propositions technologiques des candidat·es aux élections municipales de 2026, et leur chiffrage aux frais du contribuable.
À l’approche du premier tour des municipales, Synth a ausculté les premières annonces des candidats aux élections municipales, qui se tiendront les 15 et 22 mars 2026. Si la vidéosurveillance algorithmique et ses promesses sécuritaires ont la côte chez nombre de candidat·es, en particulier à droite et à l’extrême-droite, d’autres solutions émergent, comme les drones dopés à l’IA ou les « réverbères intelligents ». Synth tente de chiffrer le coût, souvent hasardeux, de ces différentes propositions technologiques à visée sécuritaire.
De la moula pour la VSA
Le gadget à la mode, c’est sans nul doute la vidéosurveillance algorithmique (VSA). À Paris, Lyon, Nice, Marseille, Toulouse ou encore à Brest, les candidats de droite ou d’extrême-droite appellent de leurs vœux une évolution législative afin d’intégrer l’intelligence artificielle à leur réseau de caméras dispersées sur la voie publique. Parmi ces élus, la palme du candidat le plus pressé revient sans débat à Jean-Luc Moudenc (Divers droite). Depuis quelques années, le maire de Toulouse, candidat à sa réélection, s’illustre dans sa cuisine électorale sauce sécuritaire, en déployant tous azimut des caméras dans les rues de la ville rose. Sa promesse pour 2026 ? « Une caméra dans chaque rue ». Soit 1 380 supplémentaires, en plus des 710 déjà installées, un budget estimé à 40 millions d’euros par le candidat, rapporte la Dépêche du Midi.
Alors même qu’en 2016, il confiait sa circonspection quant à l’efficacité de la VSA, il souhaite, dix ans plus tard, réinvestir les outils algorithmiques pour une « aide à la relecture des images et aux enquêtes judiciaires » ou encore pour une « aide à l’interpellation quand un délit est signalé ». Le maire-candidat s’y voit déjà. Jean-Marc Manach révèle dans Next que la métropole de Toulouse – dont Jean-Luc Moudenc est le président – a lancé un appel d’offres en mai 2025 pour moderniser le système de vidéoprotection du territoire, notamment avec des « solutions d’analyse algorithmique ».
Les contribuables toulousains risqueraient alors de passer au tiroir caisse. Contactées par Synth, plusieurs entreprises du secteur nous avancent que les prix pour les licences de logiciel pour la touche IA oscillent entre 900 et 1 400 euros annuels, par caméra. Pour une cinquantaine de caméras, comptez 45 000 à 75 000 euros, qui peuvent se transformer en 80 000 à 150 000 euros avec la maintenance, la mise à jour ainsi que la mise à disposition d’un serveur dédié. À titre d’exemple, Mediapart avait révélé le contrat passé par la ville de Saint-Denis pour obtenir le droit d’usage du logiciel de la société messine Two-I. Le prix : 118 000 euros pour 50 de ses caméras. L’entreprise a depuis fait faillite, en mai 2025. À Asnières-sur-Seine, il a fallu débourser 40 000 euros pour équiper 50 des caméras de la ville d’une surcouche logicielle proposée par la société Briefcam, selon Le Parisien.
Toutefois, l’édile toulousain reste prudent. En l’absence de texte pour légaliser encore pleinement ces usages, « ces fonctionnalités avancées devront être désactivées par défaut », indique le candidat. Une allusion à un hypothétique bouton « OFF » ? À Nice, Christian Estrosi (Les Réublicains) appelle au déploiement de la VSA “en temps réel” mais, là encore, la faisabilité de la mesure est soumise à une “modification législative au plan national“. En clair, c’est pour le moment illégal.
Des “réverbères intelligents” pour lutter contre les VSS
Mais s’il y a une mesure à chiffrer, c’est évidemment celle de Sarah Knafo (Reconquête) et de ses « réverbères intelligents », capables, selon la candidate, de « réagir aux crimes et délits » sur la voie publique. Le choix du dispositif interroge ? Les agressions à caractère sexuelles sont perpétrées, dans 54% des cas, par une personne connue de la victime, indiquent les chiffres du gouvernement. Par ailleurs, sur quels critères de baser pour identifier de façon certaine la réaction d’une femme victime d’une agression en pleine rue ?
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Côté pratique, ce dispositif sophistiqué comprendrait a minima : un réverbère d’éclairage public doté d’un variateur de lumière et de la possibilité d’orienter le faisceau vers un potentiel agresseur ; un détecteur sonore pour capter l’environnement sonore ; un logiciel pour détecter les bruits considérés comme anormaux ; une option supplémentaire pour un dispositif d’alerte automatique à la patrouille de police municipale la plus proche. Côté coût, la candidate d’extrême-droite chiffre sa mesure à 20 millions d’euros par an, pour l’installation de 8 000 réverbères. Soit un prix de 2 500 euros pièce, le double par d’un équipement normal selon elle.
Mais il demeure très compliqué d’estimer le coût exact de cette mesure. Sarah Knafo l’assure : « ces technologies de détection d’infraction par IA existent déjà ». Serenicity, entreprise française un temps en vogue dans ce domaine, s’est désormais réorientée dans la cybersécurité et est dans l’incapacité de fournir un prix pour ces outils qui ne sont plus vendus depuis… 2018. Sensivic, l’autre champion du secteur, a été liquidé judiciairement en mai 2025.
Des drones intelligents pour traquer les délinquants
À Marseille, Martine Vassal (Les Républicains), la présidente de la métropole et candidate amatrice de dérapages pétainistes, verrait bien des drones dopés à l’IA survoler la cité phocéenne. Une proposition futuriste et spéculative, puisque ces technologies n’ont jamais été testées en raison de la maturité « insuffisante » des solutions techniques à déployer, indique le rapport du comité d’évaluation de l’expérimentation des JO 2024. Comprendre : la technologie n’est pas encore assez efficace pour être testée.
Pourtant, la candidate LR propose de déployer 20 de ces hypothétiques « drones algorithmiques », dont 10 seraient en permanence en survol d’une zone allant « du Vieux-port jusqu’à la place Castellane ». Son projet ? Une fois une infraction repérée par un drone, il traquerait son auteur jusqu’à son arrestation. Cette mesure est chiffrée à 500 000 euros, au minimum, estime Sandra Blanchard, secrétaire générale du mouvement de Martine Vassal, auprès des journalistes de France 3. Si un projet de loi d’extension des prérogatives pourrait autoriser les policiers municipaux à utiliser des drones, l’usage continu et généralisé que la candidate prévoit ne survivrait probablement pas à un recours devant un tribunal administratif.
Pourtant, d’autres candidats en France lorgnent sur l’usage de drones, comme Pierre-Yves Bournazel (Horizons) et Thierry Mariani (RN) à Paris, Jean-Michel Aulas (sans étiquette, soutenu par LR) à Lyon et Alexandre Humbert Dupalais, son concurrent d’extrême-droite (UDR). Ces mesures sont, au choix, infaisables, illégales et dispendieuses. Pourtant, elles figurent en bonne place dans les programmes des candidat·es de droite et d’extrême-droite. Qui omettent souvent de préciser que leur coût de tels dispositifs sécuritaires se reportera directement sur le porte-monnaie de leurs administré·es.
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