Pour préparer la présidentielle 2027, le PS lance « Noûs », un think tank destiné à « réarmer intellectuellement » la gauche sociale-démocrate face à l'extrême droite. L'initiative est cependant entachée d'un paradoxe : sa coprésidente, Julie Martinez, est une ancienne cadre de Palantir, géant américain de la surveillance de masse.
Le Parti socialiste veut reprendre pied dans la bataille des idées. À moins d’un an de l’élection présidentielle, il prévoit de lancer, le 8 juin à Paris, un think tank baptisé Noûs, « esprit » en grec. L’objectif affiché : contrer le « néo-conservatisme d’extrême droite » et réarmer intellectuellement la gauche. L’initiative sera coprésidée par Julie Martinez, ancienne candidate PS aux municipales de Clichy et désormais conseillère d’opposition, et Gaston Laval, conseiller à la mairie de Paris et collaborateur sénatorial. Tous deux ont présenté le projet à l’AFP le 29 mai.
Casting risqué
Pour Gaston Laval, le moment est stratégique. La présidentielle approche, les défis s’accumulent, entre la crise climatique, la démocratisation de l’intelligence artificielle et la montée des idées réactionnaires. La gauche doit, selon lui, « renouveler son logiciel intellectuel ».
La soirée de lancement de Noûs aura pour thème « Nos vies empêchées : la violence contre les corps, les esprits, la démocratie ». Mais ce choix interroge au regard du parcours récent de Julie Martinez, qui a travaillé jusqu’en octobre 2025 chez Palantir Technologies comme déléguée à la protection des données.
L’ombre de Palantir
Fondée en 2003 par Peter Thiel, milliardaire libertarien proche de Donald Trump, Palantir est connue pour ses technologies de traitement massif de données au service d’institutions sécuritaires et militaires. Ses outils sont utilisés par des agences américaines comme le FBI, le département de la Défense ou l’ICE, police de l’immigration, mais aussi par l’armée israélienne et des services de renseignement français, dont la DGSI. Ce télescopage entre discours sur l’émancipation et expérience dans une entreprise associée à la surveillance de masse pourrait fragiliser le lancement de Noûs. Il offre en tout cas à ses détracteurs un angle d’attaque évident.
Le PS, déjà miné par des divisions internes, joue donc une partie délicate. Les adhérents devront bientôt se prononcer d’ici l’été sur le « projet socialiste pour le XXIe siècle », nouvelle base programmatique élaborée sous la supervision de l’eurodéputée Chloé Ridel. Une occasion de vérifier si le parti parvient réellement à clarifier sa ligne ou s’il continue à transformer chaque tentative de refondation en exercice d’équilibrisme idéologique.
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