Devant un parterre d’acteurs de l’IA réunis à Station F, Bruno Retailleau a présenté son programme technologique pour 2027. Le président des Républicains mise sur l’intelligence artificielle pour moderniser l’administration, renforcer la sécurité, lutter contre la fraude et restaurer la souveraineté numérique française, tout en assumant une ligne de dérégulation européenne.
Au Machina Summit, salon consacré à l’IA physique organisé le 7 juillet à Station F, à Paris, quelques robots humanoïdes et à roulettes déambulent presque librement entre les stands. Au milieu de cette chorégraphie futuriste, Bruno Retailleau, président des Républicains, monte sur scène pour présenter le volet technologique de son programme présidentiel pour 2027. « L’IA au service des Français et de leur indépendance », tel est son intitulé, qui donne le ton. Le document, long d’une cinquantaine de pages, promet de faire de l’intelligence artificielle le grand levier du redressement national.
Le refrain de la souveraineté
Celui qui affirme utiliser l’IA au quotidien, notamment pour « vérifier des informations », ouvre sa conférence par une comparaison lourde de symboles : l’intelligence artificielle serait au XXIe siècle ce que le nucléaire fut au XXe. Mieux encore, elle serait un « nucléaire augmenté », un outil décisif pour la souveraineté, la productivité, les services publics, la défense et la préservation du modèle social français.
Le politicien enchaîne sur la notion de souveraineté, thème cardinal de son ambition technologique. Le mot revient comme un refrain tout au long de son discours, et irrigue largement son programme. Il y apparaît presque autant de fois que le document compte de pages. Bruno Retailleau reconnaît que les données sensibles de l’État doivent être hébergées en Europe, sur des clouds souverains certifiés et promet d’instaurer un « pourcentage de souveraineté » applicable à tout logiciel ou équipement. Quant à l’emprise des GAFAM sur la France, des centres de données aux services numériques, le prétendant à l’Elysée leur promet un audit destiné à mesurer l’ampleur de leur implantation et de leur influence sur le territoire.
Très vite, le diagnostic politique prend le relais de la démonstration technologique. Bruno Retailleau dénonce une France prisonnière de sa « sclérose bureaucratique », dont l’IA serait l’antidote. L’intelligence artificielle, promet-il, viendrait remettre de l’ordre dans les rouages administratifs. Elle permettrait de renvoyer sur le terrain 125 000 fonctionnaires aujourd’hui « embourbés dans la paperasse, bloqués dans leur bureau à gérer des procédures très compliquées ». Dans le même temps, 125 000 agents proches de la retraite ne seraient pas remplacés. L’IA servirait également à mieux recouvrer la fraude, dont plusieurs milliards d’euros resteraient aujourd’hui hors d’atteinte, selon son programme. À la clé, des économies à hauteur de 15 milliards d’euros par an pour un investissement technologique estimé à 23 milliards d’euros sur cinq ans.
L’IA administrative pour accompagner les français
Pour simplifier la vie des Français, Bruno Retailleau mise aussi sur un assistant administratif unique fondé sur l’IA. Cette interface, nommée Marianne, serait chargée d’accompagner les citoyens dans leurs démarches quotidiennes. Que faire des Français éloignés du numérique, en particulier des personnes âgées ou en situation d’illectronisme ? « Je pense que les personnes qui ne sont pas à l’aise avec l’IA ne sont pas plus à l’aise avec l’État bureaucratique et les procédures », répond Bruno Retailleau. Il évoque bien l’idée d’un accompagnement par des salariés de La Poste pour aider les publics les plus fragiles à apprivoiser ces nouveaux outils, mais la question est vite évacuée.
Quant à la défiance croissante envers l’intelligence artificielle, elle est balayée d’un revers de main par Constance Nebulla, membre de son équipe tech et présidente de l’association OpenDataFrance. « Il n’y a pas d’opposition à l’IA en France », assure-t-elle. Une affirmation pourtant difficile à concilier avec un sondage Elabe réalisé en juin 2026, selon lequel 54 % des Français considèrent l’IA comme une menace.
Un mandat pour déréguler
Sur le terrain sécuritaire, Bruno Retailleau ne cache pas ses ambitions. « Demain, il faudra autoriser, dans un cadre strict, contrôlé et rigoureux, l’utilisation de caméras intelligentes. Vous n’imaginez pas les moyens que cela pourrait donner aux policiers et aux gendarmes. Face à l’hyperviolence qui gagne certains territoires, c’est un outil absolument fondamental », affirme l’ancien ministre de l’Intérieur. Le candidat insiste sur la nécessité d’un usage strictement encadré de ces technologies policières, sans toutefois s’attarder sur leurs risques, des erreurs algorithmiques, aux biais en passant par les dérives sécuritaires.
Dans le même esprit, Bruno Retailleau évoque une potentielle dérogation de trois ans au RGPD, le règlement européen qui encadre le traitement des données personnelles dans l’Union européenne, ainsi qu’à certaines dispositions de l’AI Act. Une manière de s’attaquer aux normes européennes, qu’il présente comme des freins à l’innovation. Le candidat défend une parenthèse d’expérimentation destinée à des projets dûment sélectionnés par l’Etat pour « permettre à la France d’innover ».
Reste un grand absent : l’écologie. Sur les 56 pages du programme, le mot n’apparaît pas une seule fois, pas plus que dans le discours du patron LR. Interrogé sur ce point, Bruno Retailleau répond en mettant en avant l’électricité décarbonée française. Il ne développe pas, en revanche, les enjeux liés à la consommation d’eau des data centers ou à leur impact climatique. « Quand certains soi-disant écologistes ont voulu saboter la filière nucléaire, ont-ils rendu service à l’environnement ? Non. C’était un raisonnement idéologique, un pur esprit de système. La vraie écologie, c’est celle qui produit des résultats. Et je suis heureux de vivre dans un pays où 95 % de l’électricité est décarbonée », affirme-t-il. Bruno Retailleau renchérit en tablant sur la construction de centres de données à proximité de centrales nucléaires et l’augmentation massive de la puissance de calcul disponible en France, avec un objectif d’environ 1 gigawatt pour 2030 multiplié par 4 en 2035. Une ambition industrielle assumée, présentée comme la condition de l’indépendance nationale.
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