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Soutien d’Elon Musk à Marine Le Pen : un cadeau empoisonné ?

Propriétaire de X et soutien de plusieurs formations d’extrême droite en Europe, Elon Musk adoube désormais Marine Le Pen pour 2027. Une intervention qui interroge le pouvoir politique des plateformes numériques et met le discours souverainiste du RN face à ses contradictions.

« Elle est le dernier espoir de la France. » En quelques mots publiés sur le réseau X, Elon Musk a choisi son camp. Le multi-milliardaire américain à la tête de plateforme sociale mais aussi de SpaceX et Tesla, apporte désormais un soutien explicite à Marine Le Pen, candidate du Rassemblement national à l’élection présidentielle de 2027.

Une rhétorique déjà éprouvée

L’homme d’affaires technofasciste avait déjà pris la défense de la cheffe de file du RN à l’Assemblée nationale après sa condamnation, en première instance, dans l’affaire des assistants parlementaires européens du Front national. Le 4 avril 2025, il martelait ainsi « Free Le Pen! ». Elon Musk présente donc désormais Marine Le Pen présente comme la femme providentielle d’un pays qui n’est pas le sien, et ce n’est pas la première fois qu’il agit ainsi.

En Allemagne, il a multiplié les déclarations en faveur de l’Alternative für Deutschland, parti néo-nazi, affirmant que l’AfD était « la seule à pouvoir sauver l’Allemagne ». Au Royaume-Uni, il a soutenu un parti d’extrême droite en reprenant la même formule messianique : lui seul pourrait « sauver l’Angleterre ». En Italie, Musk a rencontré à plusieurs reprises Giorgia Meloni, dont il salue régulièrement la politique.

Un soutien qui embarrasse le RN ?

Mais cette proximité embarrasse manifestement le Rassemblement national. Les dirigeants du parti savent qu’un soutien trop enthousiaste fragiliserait leur discours souverainiste. « Cela ne nous lie pas à Elon Musk », a ainsi assuré le 16 juillet sur France 2 le vice-président du Rassemblement National, Sébastien Chenu. Sur RTL, le député de la Somme Jean-Philippe Tanguy s’est montré plus hésitant : « Il a le droit de s’exprimer, nous, on est contre toutes les ingérences. » Un an et demi plus tôt, le même député se montrait beaucoup moins conciliant. «Je ne ferai jamais d’un capitaliste autre chose que le champion du capitalisme : il n’a pas d’autre grand projet que l’argent et je ne suis pas certain de ses bons sentiments à notre endroit », déclarait-il au journal Le Monde.

Le RN prétend défendre la souveraineté nationale contre les puissances étrangères, le libre-échange et les élites mondialisées. Elon Musk incarne précisément un empire privé, technologique et transnational, bâti sur les satellites, les données, les voitures électriques, l’intelligence artificielle et un réseau social devenu central dans le débat public.

Deux mondes face à face

D’un côté, l’électorat du RN est travaillé par le pouvoir d’achat, le déclassement social, l’immigration et le besoin de reconnaissance comme le souligne Luc Kouban, chercheur au Centre de recherches politiques de Sciences Po (CEVIPOF) dans son livre Les ressorts cachés du vote RN paru fin 2024. De l’autre, lui fait face l’un des hommes les plus riches du monde, capable de déplacer les cours de Bourse et de peser sur les élections sans bulletin de vote, sans mandat et presque sans frontières. C’est d’ailleurs l’objet d’une enquête menée par la justice française contre X. Les investigations portent notamment sur le fonctionnement de son algorithme, soupçonné de favoriser les discours politiques de l’extrême droite.

Rappelons qu’Elon Musk n’est pas un simple éditorialiste étranger. Il a été l’un des principaux soutiens de Donald Trump lors de sa campagne présidentielle en 2024 et a dirigé pour lui le Département de l’efficacité gouvernementale, le DOGE. Lors de l’investiture du président américain, le 21 janvier 2025, le salut nazi d’Elon Musk sur scène, avait provoqué une onde de choc, malgré ses dénégations.

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