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Les renseignements intérieurs français débranchent Palantir

Le Premier ministre Sébastien Lecornu a annoncé le divorce entre la DGSI et Palantir, la sulfureuse entreprise de logiciels américaine choyée par Donald Trump. Après dix ans de dépendance technologique, les services secrets français coupent le cordon pour confier leurs données ultra-sensibles au champion tricolore ChapsVision.

Une onde de choc pour le monde du renseignement français. Ce mardi 16 juin, le premier ministre français Sébastien Lecornu a annoncé la fin du contrat reliant la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI) à Palantir. L’entreprise éditrice de logiciels spécialisée dans l’agrégation de « big datas » collabore avec les services français depuis 2016. Sa solution « Gotham » avait été adoptée au lendemain des attentats du 13 novembre 2015 afin d’appuyer les services travaillant à l’analyse de données pour le contre-terrorisme.

Fondée en 2003 avec le soutien de la CIA, l’entreprise traîne pourtant une réputation sulfureuse. Ses fondateurs, Alex Karp et Peter Thiel, ont pris des positions autoritaires à de nombreuses reprises, assumant de mettre leur entreprise au service de l’hégémonie américaine et de sa politique sécuritaire invasive. Si l’entreprise a travaillé pour toutes les administrations américaines depuis 2008, son chiffre d’affaires a été décuplé en 2025 par l’augmentation considérable des contrats qu’elle a passés avec le gouvernement Trump, en particulier grâce au déploiement de son outil d’aide au ciblage, le Maven Smart System, déployé en Iran. Ces derniers mois, son rôle dans la politique de déportation meurtrière d’immigrés illégaux de l’ICE, la police de l’immigration américaine, a été décrié. Plusieurs ONG, comme Amnesty International ont accusé la firme de surveillance de masse et d’atteinte aux libertés individuelles.

Cela n’avait pas empêché la DGSI de renouveler son contrat avec Palantir, au mois de décembre 2025 (après déjà deux renouvellements en 2019 et en 2022), malgré les craintes de recourir à une solution américaine pour le traitement de données classifiées. Interrogé à ce sujet par l’Assemblée nationale le mois dernier, le ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez, avait justifié cette décision par la « difficulté technique » à laquelle les éditeurs français doivent répondre, face à « un cahier des charges particulièrement exigeant. » En réalité, il semblerait que ce renouvellement avait pour objectif d’offrir un délai supplémentaire pour la mise en place de la solution tricolore mise sur pied pour remplacer Palantir.

Car c’est ChapsVision et sa solution Argonos qui vont progressivement remplacer le logiciel américain, quelques semaines après avoir conclu un contrat similaire avec le BfV, le service de renseignement intérieur allemand. Une évolution toute naturelle, puisque la DGSI travaille depuis plusieurs années à l’émergence d’une alternative souveraine dans le cadre de son projet de développement d’un « outil de traitement des données hétérogènes » (OTDH).

Après la séquence « coups de menton » à la sauce souverainiste du premier ministre, Palantir s’est empressé de rappeler que son contrat avec la DGSI était pour le moment toujours en vigueur. Les ingénieurs devraient désormais s’atteler à effectuer la migration entre les deux systèmes. Interrogé par Politico, Matignon assure que la bascule se fera au « moment opportun, [dans un délai s’étirant] entre un à trois ans ». Le contrat conclu avec Palantir est censé courir jusqu’en 2028.

« Il y a encore quelques années, beaucoup auraient considéré qu’un projet d’une telle ampleur ne pouvait être confié qu’à un acteur américain ou développé en interne, a réagi le patron du groupe, Olivier Dellenbach. Cette époque est heureusement en train de changer. »

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